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 ATELIERS 2010 ACTUALITÉS OCTOBRE 2009 

« Vers une dramaturgie sensorielle : 
Le rythme et le "Figuren Theater" de Frank Soehnle »

de Mary Sharp
(résumé)

Mémoire de Maîtrise dirigée par Daniel Lemahieu

Université de la Sorbonne Nouvelle - Paris III

Institut d’Etudes Théâtrales

 

 


Il n’est pas rare que les gens du théâtre emploient le mot rythme pour décrire tantôt les insuffisances, tantôt les vertus, d’une mise en scène.  Pourtant ils ont souvent de grandes difficultés pour articuler ce qu’ils entendent par ce mot, tout en affirmant son importance.  Il n’existe quasiment aucune étude élaborée sur le rythme théâtral, ce qui crée un obstacle non négligeable pour la personne qui souhaite acquérir une connaissance approfondie de cette notion.  Le fil conducteur, qui a fait avancer cette quête, était l’hypothèse que chaque forme artistique, qu’elle soit plastique, temporelle ou littéraire, provient d’une seule et même source, et de ce fait, partage des points communs.  En effet, le rythme est loué comme étant un élément primordial à la réalisation de l’œuvre artistique dans chacun de ces domaines, mais ses qualités s’avèrent bien trop fugaces pour être simplement décrites.  En outre, les correspondances entre les descriptions de ce rythme-là sont trop superficielles pour élaborer un schéma des caractéristiques fondamentales du rythme, qui pourrait s’appliquer à une composition théâtrale.  Néanmoins, l’un des points communs à toute discussion sur le rythme – celui de l’importance du spectateur - nous a donné un point de départ.  Nous voyons les formes et les couleurs, nous entendons les sons et les mots, mais le phénomène qui crée le lien entre ces éléments, et par conséquent, évoque le ou les sens dans une œuvre artistique – c’est-à-dire, le rythme – nous le ressentons.  Dans son ouvrage La Psychologie du Rythme[1], Paul Fraisse avance que nos « structures perceptives », face à un stimulus rythmique, ont tendance à se mettre en harmonie avec ce rythme.  Or, des rythmes sont à la base de la vie, de tout phénomène naturel.  De ce point de vue, si le rythme est aussi à la base de l’œuvre authentiquement artistique, l’essence de l’art serait à l’image de l’essence de la vie humaine, ou de la vie tout court.

 

Dans le langage courant, le mot rythme est souvent employé pour décrire soit la vitesse à laquelle se déroule l’action dans un spectacle, soit le cadence des mouvements, où la notion de la périodicité, de la régularité, est primordiale.  Or, si le rythme est la sève qui donne vie à un spectacle théâtral, il est évident que ces deux aspects doivent jouer un rôle mineur ; ils ne peuvent représenter l’essentiel du rythme.  Par contre, si nous prenions une vague comme le symbole d’un rythme dynamique, organique, même, dans l’analyse de ces rythmes-là, nous ne parlerions ni de cadence, ni de tempo.  Chaque rouleau qui déferle est formé par le reflux, et à son tour, ce nouveau rouleau précipite le recul de la vague précédente par une sorte de succion.  Il n’y a pas de séparation entre la vague qui s’en va et la vague qui arrive ; c’est une superposition sans régularité, où l’une provoque l’autre, elle-même provoquée par l’une.  Ici, le rythme est un tout indivisible, une force de la vie qui fait appel à notre moi intime.  Par conséquent, le paradigme du mouvement des vagues s’est révélé singulièrement puissant pour décomposer le rythme artistique en éléments constitutifs.

 

En cherchant le chemin vers un aperçu, au moins, du rythme comme la force formatrice d’une œuvre artistique théâtrale, la démarche adjacente fut comme un détournement.  Toucher à l’essence de cette chose, que nous nommons l’art, exige une certaine connaissance de la nature de nos capacités de perception en tant que spectateurs, et du processus créateur en tant qu’artistes.  Là, l’abondance d’écrits philosophiques, psychologiques, et esthétiques ne fait pas défaut.  Somme toute, ce qui caractérise la réceptivité du spectateur tient plutôt de l’activité créatrice.  Bien que l’artiste trace un chemin le premier, les sensibilités du spectateur doivent s’accorder avec celles de l’artiste pour pouvoir l’accompagner.  Par ailleurs, c’est un chemin qui mène à une ouverture, car une création artistique permet, justement, la participation créatrice du spectateur.  Le spectateur réceptif, provisoirement affranchi de son esprit analytique, partage la joie de la création avec l’artiste.  Le véritable plaisir esthétique transporte le spectateur, comme l’artiste, dans un univers où le moi intime se réveille des automatismes quotidiens, et jouit de ses pouvoirs de perspicacité.

 

Il est évident qu’une essence ne peut être enserrée dans un concept, dans une définition quelconque, mais l’évolution de cette quête, avec l’exemple du théâtre d’images contemporain du Figuren Theater Tübingen, nous a permis d’entrevoir de nouvelles facettes du rythme artistique à l’œuvre, et en même temps, de trouver une signification sensorielle du mot dramaturgie.  C’est un parcours, un thème qui se développe, d’abord de façon théorique, et ensuite en observant son fonctionnement dans deux pièces de Frank Soehnle : Visages de la Nuit et Flamingo Bar.


 


[1] Presses Universitaires de France : 1974.


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